samedi 19 mars 2016

Le témoignage d'Agnès: traitements dégradants, traitements forcés en France.

En violation de l'article 16 de l'ONU, les personnes présentant un handicap psychiques subissent des traitement dégradants qui bafouent  toute dignité humaine.



Voici mon témoignage :

J'ai été hospitalisée 2 fois dernièrement à l'hôpital psychiatrique relevant de mon département
En juin, il m'ont placée dans une chambre d'isolation et m'ont attachée pendant 2 jours. J'étais allée aux toilettes le dimanche à midi et j'ai été hospitalisée vers 17heures. Le lendemain toujours attachée, j'ai crié que j'avais envie de faire pipi. Ne voyant personne venir, j'ai fini à bout par uriner dans mon lit. Des infirmiers sont venus. Ils m'ont déshabillée de force et m'ont écarté les jambes pour me placer une couche pour incontinents. Ils m'ont arraché la veste de pyjama et essayé d’ôter mon soutien-gorge, le tout avec une violence inouïe.Aujourd'hui encore j'ai un profond sentiment de honte tant je  ressens cet acte comme un viol de mon intimité. En y pensant ma gorge se noue et mon estomac se serre.

La 2éme fois en septembre cette fois, j'ai été placée en chambre d'isolement. Elle était pourvue de toilettes verrouillées de l'extérieur ce qui vous contraint à aller uriner dans un seau hygiénique sous "l’œil bienveillant" d'une caméra de vidéo-surveillance. Enfermée ainsi pendant 3 jours et 4 nuits, vous perdez la notion jour et nuit. Quand, vous sortez enfin, vous voilà docile comme un mouton prêt à quémander ou presque les médicaments que 'l’on vous a prescrits et que l'on vous donne à heure fixe 3 fois par jour.

Tels sont les méthodes chocs employées par l'hôpital psychiatrique de mon département pour mâter les plus récalcitrants… Comment conserver l'estime de soi et se réintégrer socialement quand on a subi de tels traitements et qu'on ne peut communiquer sur ce qu'on a vécu ?

Je vis dans le sud de la France, pays des droits de l'Homme qui a pour devise "Liberté, Égalité, Fraternité". J'ai une reconnaissance de handicap à 80%.

Je veux que vous apportiez mon témoignage pour que cessent ces méthodes indignes pour l'être humain et indignes du XXIe siècle.

Je voudrais dire aussi que lorsque j'ai été attachée, ils ont serré si fort les liens de contention que j'étais dans l’incapacité de bouger et que même sans bouger, ma cheville a été entaillée.


J'ajouterai que dans ce même hôpital, on utilise des mesures vexatoires à l'encontre des patients; on leur ôte toute dignité en les contraignant à rester en pyjama devant les autres patients pendant au moins 5 jours, le plus souvent une semaine, voire plus. C'est le médecin qui décide de la levée de la contrainte.

Enfin, il faut savoir que dans notre pays, les malades psychiatriques internés relèvent du "juge des liberté et de la détention" qui est aussi le juge des prisonniers de droit commun, alors que la plupart d'entre nous, n'avons commis aucun délit. Au bout de 10 jours environ, vous êtes admis à comparaître devant lui. Comment se défendre quand assommée de médicaments, on a peine à avoir les idées claires, à aligner ces phrases à trouver ses mots ? En fait le but de cette audience est avant tout de démontrer que vous n'êtes pas coopérant avec les soins ce qui justifie la poursuite de votre internement dans l'établissement.

Je pourrais aussi parler des effets qu'ont eu sur moi les neuroleptiques. Lorsqu'on me les a administrés pour la première fois, j'étais revenue à la réalité après 3 jours de bouffée délirante aiguë. Depuis chaque fois que je les arrête ou qu'on les baisse trop brusquement  ou qu'on me prescrit un traitement inadapté, je rechute.

On me disait brillante et aujourd'hui, je ne suis plus que l'ombre de moi-même: j'ai perdu mon affect, tout sens critique toute capacité d'analyser, toute intelligence émotionnelle et mes facultés cognitives. Comme ce sont les émotions qui fixent la mémoire, je suis vide de souvenirs depuis 17 ans. J'ai de grands trous noirs concernant des événements que j'ai vécus ce qui est terriblement angoissant. J'ai perdu toute curiosité intellectuelle, tout intérêt pour les choses y compris pour le domaine pour lequel j'ai effectué des études universitaires. Je subis la vie sans la vivre vraiment. Je suis une morte-vivante. A certains moments j'ai même été zombifiée. C'est ainsi qu'on m'a imposée une contrainte de soins après ma sortie de l’hôpital (loi qui a été généralisée en France par Nicolas Sarkozy en  2011) : tous les 14 jours, on m'administrait une piqûre de 50 mg de risperdal constat et les infirmiers passaient tous les soirs à mon domicile pour me contraindre à prendre un comprimé de 4 mg de risperdal (rispéridone). Incapable de me concentrer et souffrant de terribles anxiétés, j'ai été contrainte de prendre un travail à mi-temps.

Vous pouvez publier mon témoignage. J'ose espérer qu'il va servir à mettre fin à certaines méthodes utilisée par la psychiatrie moderne. Je sais qu'un jour, des gens s’étonneront de l'emploi de méthodes si barbares et  que peut-être dans un proche avenir des individus, avec l'avancée des connaissances, traîneront en justice les médecins et les industries pharmaceutiques, responsables de leur état.

C'est paradoxal. Les "psychiatres" comme leur nom l'indique devraient soigner la psychée (l’âme). Or justement en tant qu'handicapés psychiques, nous ne sommes pas traités comme des êtres humains par certains personnels soignants et cela dans l'indifférence presque totale de la société qui cautionne de tels traitements dégradants qui vont pourtant à l'encontre de la Convention de l'ONU contre la torture et les traitements dégradants. : il y a les végétaux, les animaux, les malades mentaux et l'espèce humaine. Que s'imaginent-ils? Que parce que nous perdons la raison, nous perdons notre conscience, que nous n'avons pas d'âme et que notre ressenti est celui d'un animal ? En fait je pense qu'ils ne font pas ça non parce que nous constituons un danger pour eux et pour les patients mais parce qu'ils croient qu'en nous traitant comme ça, cela nous dissuadera d'arrêter les médicament. Qu'ils se détrompent! Nous les arrêterons encore et encore pour leur prouver le contraire et nous prouver aussi à nous-même que nous sommes des êtres humains.

J'en ai moi-même fait l'expérience : en 2013, j'ai été hospitalisée une nouvelle fois à l'hôpital psychiatrique, après avoir arrêté mes médicaments,. Je n'y ai pas subi de sévices et cette fois là, et je suis tombée sur une psychiatre humaine qui m'a bien expliqué qu'il fallait que je sois stabilisée pendant 4 ans avant de pouvoir essayer (avec l'aide d'un médecin) d'arrêter les neuroleptiques. Je n'ai  plus jamais arrêté mes médicaments. J'ai rechuté en 2015 (j'avais des comprimés à cette époque que je prenais toute seule) peut-être parce que mes doses étaient trop basses. A l'hôpital sous la pression de ma famille, le psychiatre a instauré une injection retard d'abilify et comme ce traitement est destiné aux personnes atteintes de schizophrénie, j'ai rechuté une 2e fois, un mois après.

Aujourd'hui, j'aimerais bien revenir aux comprimés et être considéré comme un être humain responsable. Les injections retard sont dégradantes..Elles ne permettent pas de nuancer et d'ajuster au plus près les médicaments. Sans compter que leurs effets à long terme ne sont pas connus. Que se passerait-il en cas de syndrome malin des neuroleptiques ? C'est une question que je me pose. Malheureusement les psychiatres abusent de ces injections les généralisent et les banalisent sans mesurer les effets qu'elles engendrent. Quant à moi, je n' arrêterai plus mon traitement car avec ce que j'ai lu là-dessus, j'ai bien compris que les neuroleptiques ou antipsychotiques sont comme une drogue et doivent être arrêtés très progressivement pendant une longue période avec des paliers de stabilisation. Les arrêter brutalement c'est le meilleur moyen de basculer dans la folie. Il m'aura fallu 17 ans pour que je comprenne tout ça, alors que si on m'avait expliqué cela dès le début(ou presque) en me considérant comme un adulte à part entière, un malade comme les autres, doué de conscience et de raison,  je n'en serais sûrement pas à ma 10ème ou 11éme hospitalisation.

7 commentaires:

  1. Bonjour, j'habite dans le sud de la France et j'ai un petit garçon de 3 ans souffrant de TSA. Je suis de tout coeur avec vous, il ne faut pas laisser ce que vous avez vécu sous silence. Courage...

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  2. Peter Breggin, un médecin américain, a publié un guide pour Peter Breggin a publié une méthode pour le sevrage des psychotropes. Le bouquin est pas traduit ce qui compréhensible vu qu'il n'y a pas de dispositif médical d'accompagnement au sevrage en France.C'est triste. Laura Delano m'avait parlé de Soteria qui avait été créé à cet effet par Mosher, mais il n'y a que la suisse qui l'ait mis en place. Peut-être tenter une hospitalisation à La Borde, la clinique créée par Oury et Guattari. Ca reste psychiatrique tout en offrant une approche plus humaine parce que critique à l'encontre du psychiatrique. Il ne faut pas cesser de chercher d'autres interlocuteurs médicaux.

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  3. Guide gratuit pour décrocher des médicaments psychotropes Icarus et Freedom Center:

    http://www.willhall.net/files/ComingOffPsychDrugsHarmReductGuide-French.pdf

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  4. Remarquable témoignage. Criant de vérité. Y compris dans des détails comme celui-ci :"Aujourd'hui, j'aimerais bien revenir aux comprimés et être considéré comme un être humain responsable. Les injections retard sont dégradantes.Elles ne permettent pas de nuancer et d'ajuster au plus près les médicaments. Sans compter que leurs effets à long terme ne sont pas connus. Que se passerait-il en cas de syndrome malin des neuroleptiques ? C'est une question que je me pose. Malheureusement les psychiatres abusent de ces injections les généralisent et les banalisent sans mesurer les effets qu'elles engendrent. " Moi même me bat contre l'abus des injections de neuroleptiques retard dans une ONG africaine de grand renom (lire mes Chroniques d'un psychiatre libertaire, chez Amazon).

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  5. c'est très dur a lire, en sachant que mon fils autiste a subi le meme traitement (contention, isolement, neuroleptiques a dose de cheval) a 16 ans seulement. J'ai quitte' la France avec lui des que j'ai pu le récupérer de l'hôpital. Les doses dont vous parlez sont tout simplement ahurissantes, elles seront jamais administrées ici (Irlande0 ni, je pense, dans aucun autre pays un peu près civilisé.

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  6. Bonsoir,
    votre témoignage n'est pas isolé. A Marseille, un collectif monte un lieu de répit, une sotéria, lieu alternatif à l'hôpital psychiatrique en cas de "crise", un lieu non médicalisé. Vous pouvez nous rejoindre car c'est un réel espoir en contactant l'association JUST: http://www.marssmarseille.eu/qui-sommes-nous/just-justice-and-union-toward-social-transformation
    A bientôt pour lutter contre ce système absurde et inhumain, Pauline

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  7. J'ai eu une mise sous tutelle, je sais ce qu'ils essaient de faire. Ça ne prendra pas. On ne zombifie pas les gens, je trouve que c'est une honte qu'on se serve de nous comme de cobayes.

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