jeudi 28 mai 2015

L'origine du mot psychiatrie, jugements sans justice, dogme et religion sans spiritualité.

L'organe de l'âme.

Le mot psychiatrie a été inventé en 1808 par le médecin allemand Johann Christian Reil. Le Dr Reil espérait comprendre et traiter la folie en postulant l'existence d'un organe de l'âme. Il proposa donc de concevoir une discipline médicale en propre qui regrouperait la "médecine psychique" avec la prise en charge asilaire des criminels dont la responsabilité pénale serait diminuée par des maladies de cet organe. 


Une fusion du médical, du judiciaire et du religieux.

C'est donc à une fusion du médical, du judiciaire et du religieux que pensait cet homme. C'est à dire une médecine qui serait aussi une sorte de religion et un monopole d'état définissant le vrai et le faux, la morale et la normalité (la théologie), et qui serait chargée de médicaliser et de réprimer les troubles du comportement (la pratique pénale). C'est à dire en pratique remplacer les pouvoirs de l'Inquisition pratiquant l'exorcisme basé sur une démonologie.


Une moderne Inquisition, des professionnels agréés aux pouvoirs étendus.

Hier nous disions Asmodée, Lucifer et Belzebuth. Aujourd'hui, nous disons hyperactive, schizo-quelque-chose ou borderline. On a remplacé l'Inquisition pratiquant l'exorcisme à partir d'une démonologie par une psychiatrie institutionnelle qui piétine les droits de la personne au nom d'une croyance dans le DSM ou ses équivalents. Les possessions démoniaques n'ont pas été mises en évidence, et cependant tout le monde y croyait, y compris la force publique. Les maladies psychiatriques restent plus ou moins hypothétiques et d'interprétation variable, ignorent la diversité humaine et le contexte social, et cependant chacun y croit et pratique le stigmate, y compris l'état, les juges, les employeurs, les assureurs, famille et amis, ainsi que les media.


Chasser le démon du possédé par les chocs et la torture.

En France aujourd'hui, l'exorcisme moderne pratiqué par la psychiatrie institutionnelle usant de coercion est comme l'exorcisme ancien et repose encore sur la torture: arrestations publiques, dégradations, humiliations, privation d'information et de moyens de communication, camisole chimique, punitions et traitements punitifs, menaces, contentions et souillures, séjours en cellules dite d'isolement et si cela ne suffit pas, chocs électriques.


Confesser, par l'usage de la force.

L'inquisiteur faisait signer la confession et le psychiatre fait signer le consentement. L'inquisiteur assimilait le refus de confession à une personnalité dite négative (negativos) qu'il fallait éxécuter publiquement. Le psychiatre assimile le refus de consentir à une personnalité dite psychotique, qu'il tentera de rendre plus docile au moyen de prescriptions plus ou moins destructrices de la personnalité.


La psychiatrie institutionnelle pratiquant la contrainte réalise une triple imposture.

Peu de personnes en France réalisent aujourd'hui que la psychiatrie usurpe ainsi le judiciaire, mais sans justice, le religieux/éthique, mais sans spiritualité(*), et ment dans son discours scientifique, avec des hypothèses présentées comme des certitudes, l'usage d'un jargon, la croyance dans le bien-fondé de pratiques brutales, une science biaisée par les intérêts industriels, un passé chargé de prétentions fausses.


L'engrenage: les traitements appliqués pour soigner la folie rendent fous les patients.

Il semble probable qu'une large part des maladies dites psychiatriques soient produites par les pratiques psychiatriques elles-mêmes, soit à la suite des traumatismes liés aux hospitalisations et traitements forcés, soit par dépression ou suicide face aux perspectives de vie détruites par la stigmatisation psychiatrique, soit par conduites de dépendance liées aux médicaments, ou par syndrome de sevrage des médicaments, soit par toxicité directe des traitements, comme la psychose tardive ou encore la déficience cérébrale chronique, ou par retentissement d'autres maladies iatrogènes comme les dyskinésies, l'obésité, le diabète. Les pratiques actuelles de chimie et de coercion altèrent les moyens de l'usager dans le sens d'une perte d'autonomie et d'une moindre capacité d'auto-guérison.


Le rôle social de malade mental, une sous-citoyenneté de fait.

L'effort psychiatrique porte aussi sur l'acceptation par l'usager du rôle social de malade mental, qui représente une sous-citoyenneté de fait, une forme de caste moderne. Ceci est réalisé en altérant la personnalité des usagers dans le sens de la docilité et de la soumission, en offrant l'élargissement en récompense de l'acte de guérison sous traitement. Cet arrangement est entretenu par la consommation chronique, éventuellement sous contrainte, de drogues prescrites, puis scellé par le bénéfice des prestations sociales associées à ce rôle. Cette acceptation est perçue comme la résolution du conflit entre l'usager et la famille ou entre l'usager et la société, mais n'est-t-elle pas faite au service de l'intolérance, de la déshumanisation des familles et des sociétés et finalement au détriment de tous ?






(*) Je désigne comme spiritualité les pratiques issues des religions qui visent à apaiser le mental, à exprimer les émotions et à traverser les deuils, à soigner les traumatismes, à résoudre les conflits par la communication, à développer sa personnalité, à se connecter à son corps, à sa naissance ou à ses ancêtres, à fournir des réponses, à (ré)affirmer son but de vie et à le réaliser, à souder les communautés et à favoriser le support et l'entraide mutuelle. 


Références:

Reil J, Hoffbauer J. Beyträge zur Beförderung einer Kurmethode auf psychischem Wege. Curtsche Buchhandlung, 1808.

Psychiatry’s 200th birthday, Andreas Marneros, The British Journal of Psychiatry Jun 2008.

Szasz, Thomas, The Manufacture of Madness: A Comparative Study of the Inquisition and the Mental Health Movement,1970, 1997.

L'équipe de Nancy Andreasen prouve que le rétrécissement cérébral des patients étiquetés schizophrénie n'est du qu'aux drogues administrées:
http://archpsyc.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=211084

Une étude récente qui affirme le lien entre neuroleptiques et déficience cognitive retardée:
http://www.schres-journal.com/article/S0920-9964%2814%2900327-2/abstract

Peter R. Breggin parle de la déficience cérébrale chronique imputable aux traitements psychiatriques dans cet article: http://www.ectresources.org/ECTscience/Breggin_2011_Chronic_Brain_Impairment___Brain_Damage__Memory_Loss_.p

Les anti-dépresseurs sont concernés aussi:
http://www.toxicpsychiatry.com/antidepressant-brain-damage

Les benzodiazépines au long cours sont associées à davantage de démences de type Alzheimer.
http://www.vulgaris-medical.com/actualite-sante/le-lien-entre-benzodiazepines-et-maladie-d-alzheimer-est-confirme

Le sevrage des benzodiazépines peut réaliser une longue maladie iatrogène (étude Heather Ashton 2004):
https://sites.google.com/site/sevrageauxbenzodiazepines/Home/le-syndrome-de-sevrage/le-syndrome-de-sevrage-prolonge/le-syndrome-de-sevrage-prolonge---professeur-heather-ashton

Les traitements neuroleptiques sont fortement suspects de produire des crises psychotiques soit par syndrome de sevrage, soit par toxicité directe.
Autrement dit le médicament supposé soigner la folie rend fou. Joanna Moncrieff le montre pour la clozapine dans cette étude:
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/j.1600-0447.2006.00787.x/abstract

"Supersentivity psychosis" (psychose tardive): altération du cerveau par les neuroleptiques au long cours, agitation, insomnie, manifestations psychotiques:

Etude Guy Chouinard, Virginie-Anne Chouinard, Montreal, 2008:
http://www.researchgate.net/profile/Pr_Chouinard/publication/5620936_Atypical_antipsychotics_CATIE_study_drug-induced_movement_disorder_and_resulting_iatrogenic_psychiatric-like_symptoms_supersensitivity_rebound_psychosis_and_withdrawal_discontinuation_syndromes/links/54429fe50cf2a76a3ccb02d8.pdf

Les neuroleptiques de longue durée sont un facteur de chronicisation et de non-guérison des épisodes dits psychose. Autrement dit les neuroleptiques fabriquent des maladies chroniques. Etude sur 7 ans.
http://archpsyc.jamanetwork.com/article.aspx?articleid=1707650

Les hospitalisations et soins sans consentements provoquent des syndromes de stress post-traumatiques et des conduites d'évitement. Dans cette étude la moitié des patients sont traumatisés:
http://www.researchgate.net/publication/13608566_Involuntary_admission_and_posttraumatic_stress_disorder_symptoms_in_schizophrenia_patients


Rob Whitley, 2009, Is psychiatry a religion?
http://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC2625374/





Anecdote:

Le docteur Reil dans ses Rhapsodies en 1803 suggérait l'existence de déséquilibres de trois "forces mentales", qu'il nomma conscience de soi-même en tant qu'entité, circonspection et attention. Il proposait de corriger de tels déséquilibres par des traitements dits de choc, comme de plonger le patient dans une baignoire remplie d'anguilles vivantes...

Reil, Johann Christian. Rhapsodieen über die Anwendung der psychischen Curmethode auf Geisterzerrüttungen. Halle: Curt, 1803


Et cette mise à jour sur l'histoire plus récente de la psychiatrie, grâce aux articles du Royal College of Psychiatry et The British Journal of Psychiatry:

 En 1852, le médecin français Benedict Morel publia son "traité des dégenerescences" théorisant les malades mentaux comme des dégénérés.

1916: Ernst Rüdin professeur de psychiatrie écrivit une étude sur la génétique de la schizophrénie et commença une campagne pour en "purifier" l'Allemagne.

En 1934 commencèrent les programmes de stérilisation forcée puis en 1939 d'extermination des personnes psychiatrisées par le troisième reich. Ainsi le programme d'euthanasie T4 et les camps de la mort étaient présentés comme un effort pour éradiquer la schizophrénie...


Outre l'Allemagne, des campagnes de stérilisations forcées furent pratiquées aux USA, Danemark, Norvège, Suède et Suisse. Ces persécutions furent pratiquées au nom de la pseudoscience de la santé mentale et des théories génétiques des maladies mentales et pas au nom du nazisme.


L'union soviétique inventa la "schizophrénie progressive" pour désigner le manque d'entrain envers le régime, publia très sérieusement sur le sujet (cela ressemble au DSM) et traita la nouvelle maladie par les nouveaux neuroleptiques à fortes doses...


Réferences:


Psychiatry and the dark side: eugenics, Nazi and Soviet psychiatry,
http://bjp.rcpsych.org/content/206/4/315

Irmfried Eberl: psychiatry and the Third Reich – extra
http://bjp.rcpsych.org/content/206/4/315

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