dimanche 5 octobre 2014

Croire en la psychiatrie, c'est exclure

"La psychiatrie est une religion: nous faisons le vrai et le faux: Nous disons qui est fou et qui ne l'est pas." (L'armée des douzes singes, Terry Gilliam, 1995)

Qu'est-ce que croire ?
C'est assumer qu'une notion non prouvée représente la réalité.

Pourquoi croit-on ?
Afin d'agir, de répondre aux pressions qui demandent l'action, et de remplacer l'anxiété par l'action.

Pourquoi la nécessité d'agir devient-elle une croyance ?
C'est parce qu'il faut vendre la décision d'agir. C'est parce que l'action est plus efficace si on assume une connaissance qui n'existe pas. En médecine, le traitement marche mieux si le patient y croit. C'est l'effet placebo. Le médecin prétend posséder une connaissance certaine, afin d'accroître l'effet placebo: le mensonge fait partie de la relation thérapeutique.

Pourquoi perd-on l'information de notre ignorance ?
C'est parce que la connaissance du mensonge est perdue. Le professionnel perd la notion de son propre mensonge parce qu'il est inconfortable de se considèrer comme un menteur. La commodité devient l'habitude, la vérité est perdue peu à peu. C'est à dire que l'ancienneté d'une croyance et de la pratique associée la renforce.

Croire c'est donc perdre l'information de notre ignorance. C'est prendre trop légèrement le risque de s'être trompé, et oublier d'en assumer la responsabilité. C'est ainsi qu'on croit aux théories psychiatriques et que les professionnels assument de fait, même si ils l'oublient, la responsabilité des erreurs que les décisions de coercion et de traitement représentent, dans le cas où les théories qui prétendent les justifier s'avèrent fausses.

Comment réalise-t-on que l'on s'est trompé ?
On ne s'aperçoit que l'on s'est trompé que si la connaissance de notre ignorance a pu être conservée et transmise. Il faut en outre que la théorie soit régulièrement confrontée à la réalité par des personnes qui n'ont pas de conflit d'intérêt vis à vis de la croyance. 

Pourquoi l'erreur n'est pas reconnue ? 
C'est parce que les décisions erronées portent un poids de culpabilité considérable. Si une religion oblige à sacrifier le fils premier-né et qu'on s'aperçoit qu'elle repose sur des impostures, alors le prêtre n'est plus le protecteur du clan, mais un boucher insensé. C'est à dire que le sacrifice réalisé au nom de la croyance est trop grand pour que sa fausseté soit reconnue.

Croire c'est d'abord tromper les autres, puis se tromper soi-même. Croire, cela revient à nier la réalité de notre ignorance et la très grande probabilité que les théories s'avèrent non conformes à la réalité. En même temps que la réalité, on nie alors ceux qui représentent cette réalité: Ceux-ci sont alors opprimés, persécutés, on tente de les réendoctriner, de les normaliser dans la conformité à la croyance ou bien de les détruire.

Finalement, croire en la psychiatrie, c'est exclure. Qui est exclu ? Toute personne dont la personnalité n'est pas conforme ou dont les comportements ne sont pas conformes, à un moment donné, au modèle de normalité, de "supériorité", défini par la philosophie positiviste.

Si l'on voulait résumer, ces conceptions affirment d'un coté que l'homme dont le cerveau est spécialisé dans le raisonnement scientifique appartient à une humanité supérieure, qui représente le futur. De l'autre coté, cette philosophie dénigre et stigmatise comme appartenant à un mode de "pensée magique", tout autre fonctionnement, comme par exemple l'intuition, l'imagination, l'association d'idées, l'empathie, la perception de l'autre comme partie de soi-même, ainsi que d'autres expériences. Cette philosophie considère ces modes de pensée comme inférieurs, appartenant au passé humain, à l'homme primitif, et comme caractéristiques du "cerveau féminin" considéré comme inférieur. Cette philosophie est la base idéologique qui conduisit à la répression des manifestations humaines à caractère intuitif, considérées comme des "maladies mentales" témoignant d'une infériorité, qu'il fallait séparer de la société, punir et corriger.



La psychiatrie repose sur des théories de l'esprit élaborées au 19ème siècle: ce sont des conceptions médiocres, humainement réductrices, misogynes, et qui n'ont jamais été prouvées, alors qu'il est assez facile de démontrer, par le contre-exemple, qu'elles sont fausses. Pourtant, on continue à pratiquer la coercion et à imposer des traitements lourds, infligeant des dommages cérébraux, à des personnes non informées, non consentantes, comme si ces théories représentaient la réalité.

La psychiatrie est comparable à une religion, elle est un poison pour la science. En tant que religion d'état, obligatoire, dotée de pouvoirs que les juges ne possèdent pas, elle est devenue aussi néfaste pour l'humanité que l'étaient les sacrifices humains de l'antiquité.




@Jules Malleus 2014

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