lundi 8 septembre 2014

Le dressage psychiatrique: la destruction des vies

"Bref, je considère l'internement psychiatrique comme un crime contre l'humanité." 
Thomas Szasz,"Ideology and insanity: Essays on the psychiatric dehumanization of man",1970, 1991, extraits.

Un des aspects les plus sinistres de la pratique psychiatrique est la destruction de la personnalité des patients. C'est le dressage des êtres humains. Je vais tenter d'en expliquer les mécanismes.

La personnalité est sacrée.

La personnalité de chaque être humain est sacrée.
Le personnalité de chacun définit notre humanité.

La personnalité de chacun est un objet privé, parce qu'elle au coeur des choix existentiels de chacun, parce qu'elle permet la réalisation et le progrès personnel de chacun.

Si vous tentez de changer la personnalité de quelqu'un contre son gré, vous détruisez cette personne, vous l'empêchez de se réaliser, et sa vie n'a plus de sens: il s'agit d'un acte criminel.


Comment change-t-on la personnalité de quelqu'un ?

Il existe des spécialistes qui se sont fait une spécialité de changer la personnalité d'une personne contre son gré. Ces spécialistes sont les esclavagistes, les proxénètes, et les trafiquants d'êtres humains. (On pourrait aussi citer les inquisiteurs, certains kidnappeurs, certaines sectes).

Ces spécialistes utilisent des techniques particulières:

L'usage de la drogue est fréquent: le proxénète commence par faire boire sa conquête, puis lui fait découvrir le cannabis, puis l'héroïne. Le sorcier vaudou, vous allez sourire, utilise un cocktail de drogues qui vont endommager le cerveau de ses zombies, puis les rendre le plus docile possible. Le kidnappeur utilise des hypnotiques pour contrôler sa victime, et les esclavagistes peuvent droguer les gamins qu'ils emploient à la guerre.

L'usage de la drogue poursuit plusieurs buts: S'assurer la docilité de la victime. Réduire la force physique de la victime pour faciliter la coercion. Réduire ses défenses mentales afin de la reconditionner. Réduire son potentiel intellectuel pour l'empêcher de s'échapper et de dénoncer ses bourreaux. Effacer sa mémoire pour qu'elle oublie sa condition antérieure de personne humaine jouissant de tous ses droits. Assurer que la victime soit dépendante de la drogue et ne sache plus s'en passer.

L'entrée en esclavage passe par des rituels: Le sorcier zombie empoisonne ses victimes presque jusqu'à la mort, puis les ressuscite afin qu'elle se sentent en dette envers lui. L'esclavagiste fait passer des moments terribles à ses victimes au début de la captivité afin de les briser. L'inquisiteur dépouille publiquement sa victime de tous ses droits ainsi que de ses habits. Le proxénète viole et fait violer en bande sa protégée. L'esclavagiste marque sa possession au fer rouge. Certaines sectes pratiquent des mutilations sur les enfants.

L'esclavage s'accompagne d'un conditionnement: la dignité de la personne humaine est bafouée, et on lui rentre dans le crâne la notion qu'elle est inférieure, incapable et tarée de façon irrémédiable, par constitution. L'humiliation est une constante, elle est complète quand la personne ainsi dressée est contrainte à remercier ses bourreaux, ses tortionnaires, et à confesser tout les crimes dont elle est accusée. Ainsi la repentie confesse à l'inquisiteur qu'elle a eu commerce avec Satan, et le remercie de lui offrir la possibilité de se purifier et de sauver son âme. La victime est complètement brisée, elle ne retrouvera pas sa dignité, même si on la libère, et prendra le parti de défendre ses bourreaux, ses kidnappeurs, ou d'aimer son maquereau, et même de recruter pour le parti qui l'a asservie.


Quel rapport avec la psychiatrie ?

La psychiatrie considère que son objet est la personnalité du patient. La psychiatrie considère que la personnalité jugée insupportable par ceux qui présentent la victime est une personnalité malade qu'il faut transformer afin de la rendre plus supportable. Pour cela la psychiatrie prétend mettre en œuvre un "traitement", destiné à changer la personnalité de la personne humaine qui lui est confiée.

Dés l'instant où on concatène ces deux mots "personnalité" et "malade", alors la logique du crime contre l'humanité de la personne se met en place. C'est parce que la personnalité est l'être humain, et vouloir la changer de force revient à détruire l'être humain.

Comme le "patient" n'a pas envie d'être détruit, le psychiatre a prévu de rencontrer une certaine résistance. Puisqu'il considère que la personnalité est "malade", alors le psychiatre prétend se dispenser de ses obligations d'information et de recueil du consentement. Ainsi tout abus qui n'est pas expressément défendu par la loi devient autorisé par défaut, pourvu qu'on le désigne comme un "traitement". Notez bien comme le psychiatre se dispense lui-même de prouver par l'imagerie ou la biologie les "diagnostics" qu'il invoque pour justifier ses abus.

Les psychiatres ont même inventé un mot de leur jargon pour justifier ce viol de la personne qu'ils prétendent aider: "Anosognosie", qui signifie que le "patient" aurait un "défaut dans le cerveau" qui "l'empêcherait" d'être d'accord avec son psychiatre sur une prétendue "maladie de la personnalité" qu'il aurait "diagnostiqué" et/ou sur sa proposition de "traitement". Notez que c'est très pratique, puisque le psychiatre se dispense lui-même de prouver par l'imagerie la lésion de la circonvolution cérébrale hypothétique de la nosognosie ni d'ailleurs celle du consentement, pour s'autoriser de tels abus. En revanche, le psychiatre pratique assez bien les drogues et les techniques de la soumission passive à l'autorité. Changez alors "personnalité malade" par "maladie mentale", et son corollaire, "santé mentale", et vous avez ouvert la voie, presque innocemment, aux abus les plus monstrueux.

La psychiatrie veut changer la personnalité de son patient, elle va donc logiquement utiliser sur sa victime les techniques de dressage des êtres humains.

Le rituel d'entrée en esclavage est le diagnostic psychiatrique. Si la personne refuse le diagnostic qui est porté sur elle, alors elle rentre dans le cas des patients récalcitrants, dits psychotiques. Elle est déclarée constitutionnellement malade à vie. C'est parce qu'on ne peut pas contester un diagnostic psychiatrique. Le diagnostic psychiatrique est constitué de l'histoire des démêlés que le patient a eu avec le système psychiatrique. Cette histoire ne peut pas être effacée, pas davantage qu'un casier judiciaire. Le diagnostic psychiatrique représente une stigmatisation, et c'est à vie.

L'enfermement et la contention font partie des procédés d'initiation d'un esclavage: c'est pourquoi la psychiatrie enferme ses victimes. La contention et le nursing sont des procédés qui font régresser le patient dans un état de dépendance vis à vis du personnel soignant. Il y a des éléments sexuels sado-masochistes évidents dans le fait d'attacher et d'être attaché. On peut aussi y voir pour le patient une forme de naissance dans sa nouvelle condition de malade mental.

Les neuroleptiques sont comme les drogues des sorciers vaudou, qui assurent ainsi la docilité de leurs zombies. Les neuroleptiques autorisent aussi le chantage à l'augmentation des doses, et sont utilisés comme punition (comme dans les asiles soviétiques) et comme torture (l'akathisie en est un élément). Les neuroleptiques (ainsi que d'autres drogues) endommagent le cerveau, réduisent la matière grise et fabriquent des imbéciles. Les complications définitives comme les dyskinésies sont aussi des formes de stigmatisation à vie.

Le lavage de cerveau:

Le reconditionnement des patients est pratiqué de façon systématique à l'hôpital psychiatrique, sous la forme d'un harcèlement moral constant pratiqué par tout le personnel. Le premier harcèlement consiste à obliger la victime à consentir aux soins, car ainsi, l'incarcération psychiatrique ne passera pas devant un juge, et le système s'en trouvera renforcé. Le second harcèlement consiste à obliger le patient à reconnaître que sa personnalité est défectueuse, c'est à dire qu'il est malade psychiatrique, et que les abus qui lui ont été infligés par l'institution étaient légitimes, car c'était "pour son bien".

Quand le patient a été rendu parfaitement docile vis à vis de l'observance de la prise de la drogue de l'esclavage, et qu'il remercie ses bourreaux de l'avoir si bien "soigné" (maltraité), alors le patient est relâché. Mais si il se rebelle à nouveau, il est reconduit dans la maison de dressage, afin de parfaire son conditionnement.



Vous exagérez avec vos comparaisons déplacées.

Le schéma que j'ai décrit correspond au dressage d'un être humain par un trafiquant. Il s'applique très exactement à la coercion institutionnelle psychiatrique. Je dirais même que les clients sont les mêmes: des gens socialement fragiles, influençables, et dont la personnalité est faible. Mais je n'ai pas fini.

Le même schéma se retrouve aussi pour les "maladies mentales" de monsieur tout-le-monde, comme la dépression. Il y a un effet secondaire à la prise de drogues psychiatriques dont on ne parle pas. La drogue détruit petit à petit la personne qui la consomme, et ceci est vrai pour toutes les drogues, qu'elles soient psychiatriques ou non psychiatriques, ainsi que pour l'alcool. La personne droguée n'est plus en mesure de se réaliser parce que son potentiel est altéré. Une personne qui ne peut pas se réaliser perd son but de vie. Cela signifie qu'elle n'a plus de goût à la vie. Cela signifie qu'elle manifestera des traits dépressifs, et qu'elle sera tentée de se suicider.


Pourquoi le système psychiatrique pratique-t-il une telle barbarie ?

19ème siècle: L'époque du positivisme: on considérait l'homme scientifique comme le seul modèle de pensée valide. On considérait ceux et celles qui n'étaient pas capables d'une telle pensée scientifique comme des êtres humains inférieurs, que l'on les privait volontiers de leurs droits civiques. On pensait hygiène et propreté, rayonnement de la nation. On souhaitait "nettoyer" les rues des grandes villes de ces gens pauvres, rejettés, alcooliques, déments ou sans-toits qui ternissaient cette image. Ceux-ci furent emprisonnés, consentants ou non, dans les asiles. On inventa un jargon pseudo-médical pour donner un alibi aux internements: "nevrose" ou "maladie des nerfs" (William Cullen, 1769), "psychose" ou "nevrose psychique", (Karl Constatt, 1841), "infériorité psychopathique" (Julius Koch, 1891). Les familles riches se servirent des asiles pour y faire interner, c'est à dire disparaitre, leurs membres gênants ou scandaleux. Afin de justifier ceci, on ré-inventa l'hystérie. Jean-Martin Charcot dressa ses pensionnaires à jouer le rôle de la "malade mentale", et en fit de grandes démonstrations devant le tout-Paris. Un "patient" docile coûtait peu, mais un "patient" récalcitrant, par ses protestations, faisait désordre, nuisait à la réputation de l'établissement et demandait plus de travail. Emil Kraepelin trouva commode de désigner les premiers comme "névrosés", et les derniers comme "psychotiques". Mais cela ne représentait rien de plus qu'une categorisation pratique de "prise en charge" des internés. Le "traitement" du "psychotique" consistait alors à briser sa résistance, sa personnalité afin de le rendre docile, soumis et même reconnaissant, au moyen de différents procédés. Le concept est resté: ainsi un traitement "antipsychotique" sert-il à restreindre l'agitation et à assurer une meilleure compliance du patient...

Les psychiatres sont comme les tenants d'une religion: ils conservent pieusement les mensonges du passé, les polissent, puis appliquent par dessus de nouvelles couches de mensonges et de mystifications.

Psychose, névrose, borderline, hystérie: Ces mots, les plus utilisés, ne correspondent pas à la réalité: Ce sont des chimères, des théories sans fondement, et elles n'ont pas été prouvées. Pire, la barbarie du passé a été conservée avec les théories: Ce sont les efforts pour briser la personnalité des patients non-consentants, par la coercion, par la torture, par le reconditionnement, et au moyen de dommages cérébraux.


"Vous refusez le traitement ? Donc vous avez besoin du traitement."

C'est ainsi qu'on aboutit à l'anti-logique qui sévit dans la tête de nos psychiatres: Vous refusez le médicament, alors c'est que vous êtes récalcitrant, donc "psychotique" (au sens du 19ème siècle). Donc, il faut briser votre personnalité avec un "traitement" (comme au 19ème). Mais on emploie pour cela des neuroleptiques de dernière génération (comme au vingt-et-unième siècle). Donc vous avez besoin de ces neuroleptiques: alors on double la dose, et on l'administre de force...


Le cercle vicieux de l'inhumanité.

Savez-vous ce qui advient des personnes qu'on torture ainsi ? Elles sont forcées d'enfouir en elles-mêmes leur légitime colère face à l'injustice qui leur est faite. Mais cette colère ressort cependant, inopinément, de temps en temps, et nos psychiatres y voient alors un signe de "réticence", de "discordance", de "bouffée clastique", qui leur permet de conforter le pseudo-diagnostic initial de "psychose" ou encore de faire valoir la dangerosité intrinsèque des "malades mentaux" qu'ils ont fabriqués eux-mêmes, ainsi que d'affirmer le bien-fondé de leur enfermement. Et quand la victime perd tout espoir dans l'humanité de ses bourreaux, alors elle ne communique plus, elle se replie sur elle-même et devient inaccessible. Nos psychiatres, alors, y voient un signe patent de "schizophrénie".


Le triangle noir de la discrimination psychiatrique

Ne laissez personne vous coller un diagnostic psychiatrique. Ne collez à personne un diagnostic psychiatrique. Ceux qui collent un diagnostic psychiatrique à un être humain ne valent pas mieux que des esclavagistes.

Le triangle noir pour "asozial" servait à distinguer les "malades mentaux" dans les camps nazis.



Image Wikimedia Commons


Notes:

L'akathisie est l'association de mouvements stéréotypiques et d'une composante sensitive (sensation douloureuse, sentiment d'être sans repos...).

Les dyskinésies des neuroleptiques: Les dyskinésies aigües peuvent apparaitre précocement, dès les 36 premières heures. Elles comprennent : les accès hypertoniques (hyperextension du cou, plafonnement du regard, crises oculogyres, trismus, spasmes des membres, etc.), souvent accompagnés d'hypersalivation et de troubles de la déglutition ; les accès d'akathisie (impossibilité de garder une même position) ou d'hyperkinésie (déambulations incoercibles et forcées).
  Les dyskinésies tardives sont surtout buccofaciales : syndrome du lapin (protraction et rétraction des lèvres avec contraction tonique de l'orbiculaire), mais aussi mouvements anormaux du cou, des membres, du tronc, parfois atteinte des muscles respiratoires, pharyngés et laryngés.
(source: site http://www.psychologies.com)

Sur le rétrécissement de la matière grise après un traitement neuroleptique:
Article du Dr Joanna Moncrieff:
http://www.madinamerica.com/2013/06/antipsychotics-and-brain-shrinkage-an-update/

Lisez cet article du journal Nature, et notez comment sont niées et réinterprétées par la fausse sémiologie, les preuves évidentes que les drogues psychiatriques détruisent le cerveau de leurs victimes:
http://www.nature.com/news/2011/110207/full/news.2011.75.html

Sur la torture aux neuroleptiques dans les prisons soviétiques:
Extrait du livre de Dr Richard Gosden, "punishing the patient", 2001:
https://sites.google.com/site/punishingthepatient/prisoners/treatment-or-torture

La drogue de la zombification simule une catatonie:
http://scienceblogs.com/neurophilosophy/2007/09/13/the-ethnobiology-of-voodoo-zom/

Les hospitalisations et soins sans consentements provoquent des syndromes de stress post-traumatiques et des conduites d'évitement. Dans cette étude la moitié des patients sont traumatisés (Priebe S., Bröker S., Gunkel S., 2015):
http://www.researchgate.net/publication/13608566_Involuntary_admission_and_posttraumatic_stress_disorder_symptoms_in_schizophrenia_patients

Lire aussi:
Thomas Szasz:  "Coercion as Cure: A Critical History of Psychiatry", 2011.

@Jules Malleus 2014  

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