vendredi 26 septembre 2014

La grenouille qui veut se faire plus grosse que le boeuf

Si la neurologie étudie les maladies du cerveau, alors à quoi sert la psychiatrie ? 

N'est-ce-pas.

Et bien la réponse donnée par les psychiatres à cette intrigante question existentielle, c'est que la psychiatrie est la science des théories des maladies du cerveau que l'on découvrira dans le futur.

Et pour illustrer ce concept, on explique comment le psychiatre allemand Aloïs Alzheimer a décrit en 1906 la "démence presenile", qui est maintenant reconnue par la communauté scientifique comme une maladie neurologique indéniable et parfaitement prouvée.

Selon ce concept, la psychiatrie serait la seule discipline médicale à ne s'occuper que de théories, tandis que la neurologie serait la seule discipline médicale pour laquelle il ne serait pas légitime d'élaborer des théories...

C'est du moins le genre de conception que les auteurs de DSM V souhaiteraient faire accepter, en mélangeant dans leur épais bouquin, et dans la plus grande confusion, les théories psychiatriques les plus extravagantes avec la fameuse maladie d'Alzheimer, de diagnostic biologique.

Cette conception est un parfait non-sens. En réalité le Dr Alzheimer était un neuropathologiste qui a identifié les plaques amyloïdes caractéristiques de la maladie dans le cerveau des patients décédés. La démence associée aux lésions est un signe neurologique et non pas psychiatrique.

Pauvre neurologie, qui n'aurait pas le droit de développer une sémiologie des capacités intellectuelles supérieures, ni d'essayer d'identifier des entités nosologiques à partir de telles observations !


La nosologie psychiatrique n'est qu'un prétexte.

Si la psychiatrie n'était que la science des entités nosologiques théoriques non encore prouvées de la neurologie, alors on verrait le champ de la psychiatrie se rétracter et se rétrécir en peau de chagrin, au fur et à mesure de la découverte des maladies biologiques correspondant aux entités nosologiques théoriques sus-mentionnées, qui passeraient logiquement du champ théorique de la psychiatrie, vers le champ biologique de la neurologie.

Ce n'est pas le cas !

Bien au contraire, la nosologie psychiatrique ne fait que s'enfler de manière exponentielle, à la manière du crapaud de la fable de La Fontaine, qui voulut tant se faire passer pour un boeuf.

Je ne résiste pas au plaisir de citer l'excellent moraliste Livre 1, Fable 3:

Une Grenouille vit un Bœuf,
Qui lui sembla de belle taille.
Elle qui n’était pas grosse en tout comme un œuf,
Envieuse s’étend, et s’enfle et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur ;
Disant : Regardez bien, ma sœur,
Est-ce assez ? dites-moi ? n’y suis-je point encore ?
Nenni. M’y voici donc ? Point du tout. M’y voilà ?
Vous n’en approchez point. La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages:
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs ;
Tout petit Prince a des Ambassadeurs :
Tout Marquis veut avoir des Pages.

Et c'est ainsi que le DSM, la référence de nos chers psychiatres, pas plus sages que cela, tend à s'enfler si bien qu'il en va sûrement crever. ( Diagnostic and Statistical Manual, édité par l'American Psychiatric Association ou APA ).

1917: l'APA reconnait 59 troubles psychiatriques.
1952, DSM I, 106 troubles psychiatriques.
1968, DSM II, 182 troubles psychiatriques.
1980, DSM III, 265 troubles psychiatriques.
1987, DSM IIIR, 292 troubles psychiatriques.
1994, DSM IV, 297 troubles psychiatriques.
2000, DSM IVTR, 422 troubles psychiatriques.
2013, DSM V, 954 troubles psychiatriques.

Notez que ces irresponsables charlatans parlent bien dans ce livre de diagnostics et non pas de théories. Si l'enflure nosologique est patente, elle n'est rien comparée à l'explosion du nombre de malheureux, dont pas mal d'enfants qui n'en peuvent mais, "diagnostiqués" et "traités", contents ou pas, par rapport à des maladies qui n'existent pas.

Et pourquoi est-ce ainsi, monsieur ? C'est parce que la psychiatrie n'est pas l'observation ingénue des fonctions supérieures du cerveau. Toute la psychiatrie n'est en réalité qu'un prétexte, c'est une machine à fabriquer des maladies, et à fabriquer des malades.

Note:
Le DSM est tellement une référence que même l'Agence du médicament, en France, s'y réfère, dans sa version IV du moins, pour valider telle ou telle indication.
http://ansm.sante.fr/

@Jules Malleus 2014

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire