jeudi 17 août 2017

"Traitement", poésie par Jhilmil Breckenridge


C'était un traitement
Ces mains rampant sur votre corps
Le poison injecté
Comme vous êtes dépouillée
Traînée le long du couloir,
La légère odeur de formaldéhyde
Et de phényle

C'était un traitement
Le rire des infirmières
La condescendance des médecins
Poser les mêmes questions
Tous les jours
Jusqu'à ce que vous prononciez les mots qu'ils veulent entendre

C'était un traitement
C'était un traitement
C'était un traitement

Dans un hôpital avec des fenêtres condamnées
Dans un hôpital avec plus de gardes
Que de médecins

C'était un traitement
Le réveil
Aux odeurs d'aliments avariés
Le rire des gardes
La sonnerie de leurs téléphones cellulaires
Dans votre cellule

C'était un traitement
Amitié avec Rajan, guide touristique venu d'Ajmer
Qui parlait de l'amour, de la perte et du désir,
Bavant, les pieds dans les chaînes,
Ses yeux me racontent cent histoires

C'était un traitement
Prendre une mère à ses fils,
C'était un traitement

Et quand ils enlèvent tous les derniers lambeaux de la dignité humaine
Avec vos vêtements, la peau sur vos os,
Le rire dans vos yeux, et le soleil sur votre langue
Ils marchent avec la tête haute
Ce sont des médecins, vous voyez
Le traitement est le nom du jeu

Et c'était un traitement


(traduit de l'anglais)


that was treatment
those hands crawling on your body
the poison injected
as you are stripped
dragged along the corridor,
the faint smell of formaldehyde
and phenyl

that was treatment
the laughing of nurses
the condescension of doctors
the asking of the same questions
everyday
until you utter the words they want to hear

that was treatment
that was treatment
that was treatment

in a hospital with walled windows
in a hospital with more guards 
than doctors

that was treatment
the waking up
to odours of stale food
the laughter of guards 
the ringing of their cellphones
in your cell

that was treatment
befriending of rajan, tour guide from ajmer
who spoke of love, loss and longing,
drooling, his feet in shackles,
his eyes telling me a hundred stories

that was treatment
taking a mother from her sons,
that was treatment

and when they strip every last bit of human dignity
along with your clothes, the skin on your bones,
the laughter in your eyes, and the sun upon your tongue
they walk with their heads held high
they are doctors, you see
treatment is the name of the game

and that was treatment

mercredi 16 août 2017

Les mèmes internet pour la campagne prohibition absolue des hospitalisations forcées et des traitements forcés

Je vous propose une série de mèmes à partager sur internet pour la campagne en faveur de la prohibition absolue des hospitalisations forcées et des traitements forcés, en application de la Convention ONU CDPH, relative aux droits des personnes handicapées.

Ces images sont sous licence creative commons: vous pouvez partager librement ce travail sur vos blogs ou sur les media sociaux, en indiquant l'auteur et ce blog (la vignette). Vous pouvez traduire les images dans une autre langue, si vous le désirez. Dans ce cas, laissez-moi un message sur ce blog, et je placerai ici le dessin à partager dans votre langue.

La campagne est internationale. Ces images sont en anglais, en français, ou dans d'autres langues.


Creative Commons License
Future Museum by Jules Malleus is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International License.
Based on a work at http://depsychiatriser.blogspot.com/.
Permissions beyond the scope of this license may be available at http://depsychiatriser.blogspot.com/.



Creative Commons License
Le Musée du Futur by Jules Malleus is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4.0 International License.
Based on a work at http://depsychiatriser.blogspot.com/.
Permissions beyond the scope of this license may be available at http://depsychiatriser.blogspot.com/.




Creative Commons License
Il museo del futuro by Jules Malleus is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 4 .0 International License.
Based on a work at http://depsychiatriser.blogspot.com/.
Permissions beyond the scope of this license may be available at http://depsychiatriser.blogspot.com/.


D'autres mèmes à partager prochainement ...

mardi 15 août 2017

A propos de la torture psychiatrique par Initially NO, campagne prohibition absolue

A propos de la torture psychiatrique par Initially NO
Publié le 6 mars 2016
Campagne pour la prohibition absolue des hospitalisations forcées et des traitements forcés.

Publié en anglais in extenso sur le site de Initially NO.



Initially NO a rassemblé art, graphismes, récit, essai et les articles de la CDPH contenant des droits qui lui ont été refusés, dans une composition belle et émouvante affirmant une demande de justice. Puisque l'art et les graphismes font partie intégrante de son travail et que je ne peux pas reproduire la disposition ici, je partage son introduction et quelques exemples du travail artistique et je vous invite à visiter l'original sur son site afin d'apprécier l'effet complet. http://www.initiallyno.com/



Le déni de nos droits de l'homme



Les droits qui me furent refusés encore et encore pendant une période de 14 ans (1998-2012) réveillent en moi de tels sentiments que cela ne me fait pas souhaiter essayer de parler de ceci à nouveau.

Cela me fait tellement de peine, c'était si douloureux, cela me gêne de me souvenir, mais cela me dérange encore plus de savoir que plus de 5700 personnes sont soumises à une telle horreur, chaque année dans l'état de Victoria, en Australie, des personnes qui disent vigoureusement « Non, je ne le veux pas », très clairement, et qui sont ensuite placées sous des ordonnances de traitement communautaire forcé et qui sont torturées avec des injections forcées, de l'électricité et des rendez-vous verbalement abusifs, qui doivent être respectés, ou bien elles seront mises en détention arbitraire à nouveau. Cela me fait mal que les personnes qui disent qu'elles ne souhaitent pas prendre des prescriptions psychiatriques soient ensuite soumises pendant plus longtemps au système.





Lorsque vous refusez d'être injecté, ils font cela. Un ambulancier m'a dit qu' « il n'était qu'une petite roue dans un grand engrenage. » C'est le symbolisme de ceci et aussi profiter des filles. Autrement dit, beaucoup de mains sur une petite jeune femme, comme je l'étais, tandis qu'on la déshabille et qu'on abuse d'elle.

C'est ce qui se passe lorsque vous avez des menaces de traitements pires comme les électrochocs et la détention si vous ne vous pésentez pas pour une injection bimensuelle de "dépôt". Je devais faire semblant d'être contente avec ce scénario, à ce point. (J'ai renoncé ici aux mots de juron exprimant mon vrai sentiment, afin de me conformer à la campagne prohibition absolue de la CDPH de l'ONU.)



Article 15 de la Convention relative aux droits des personnes handicapées

Droit de ne pas être soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants

1. Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. En particulier, il est interdit de soumettre une personne sans son libre consentement à une expérience médicale ou scientifique.




Je n'ai pas mérité d'être torturée par le système psychiatrique.
Ce n'était pas pour mon bien!


(traduit de l'anglais)

Je n'oublierai jamais, par Irit Shimrat, campagne Prohibition Absolue

Je n'oublierai jamais par Irit Shimrat
Publié le 25 mars 2016

Un travail en cours

Je n'oublierai jamais, et pourtant je souhaiterais pouvoir le faire, comment est ressentie la brutalité psychiatrique. Être emmenée à l'hôpital par les flics, par l'usage brutal de la force, menottée, alors que mon seul crime était la confusion.

Être dépouillée nue devant les hommes. Être attachée à une civière dans la salle d'urgence psychiatrique. Être piquée douloureusement dans la fesse par une infirmière brandissant une aiguille remplie d'un médicament qui a eu des effets immédiats et cauchemardesques. Être ignorée par les infirmières en train de bavarder, alors que j'ai murmuré, puis dit, puis crié que je devais aller aux toilettes. Être laissée dans ma propre merde pendant des heures car elles étaient occupées à discuter de copains et de styles de cheveux.

Être véhiculée sur roulettes dans une cellule en béton, meublée uniquement avec un matelas au sol, une toilette en métal et un évier minuscule, une fenêtre d'observation dans la porte métallique et une caméra au coin du plafond. Être laissée là pendant des jours, sous la lumière fluorescente éclatante, avec quelqu'un qui vient trois fois par jour pour laisser un repas triste et fade dans un plateau en plastique sur le sol. Faire l'actrice pour la caméra et écrire sur les murs avec ma merde car les médicaments qui étaient supposés m'assommer m'ont rendue plus dingue et encore plus dingue.

Finalement, être relâchée dans le service, mais être renvoyée brutalement de nouveau dans l'isolement cellulaire chaque fois que je "faisais une scène". Apprendre lentement et douloureusement à se conformer, afin de gagner de tels "privilèges" comme de porter des pyjama réels, puis mes propres vêtements; Être autorisée à fumer une cigarette; Être autorisée à faire un appel téléphonique. Être moquée et brutalisée par des infirmières stressées.

Finalement, être autorisée à recevoir les visiteurs, seulement pour les avoir en train de me regarder fixement dans l'horreur et la pitié, car je traîne les pieds comme un zombie, beaucoup trop droguée pour tenir une conversation. Finalement, apprendre les mots magiques qui m'ont fait sortir: « Je comprends que je suis malade et que j'ai besoin de prendre ces médicaments pour le reste de ma vie ». Des médicaments qui avaient déjà produit la bouche sèche; la peau qui desquame; la constipation extrême; les spasmes musculaires douloureux; l'incapacité de m'asseoir, de me tenir debout ou de rester immobile - sans parler de leurs effets sur mon esprit: la terreur, l'agonie, mon échec absolu à être capable de m'accrocher à moi-même. La certitude - ma seule certitude - que j'étais morte et que j'étais en enfer. Que j'étais punie pour des crimes dont je ne me souvenais pas. Que je ne pourrai jamais plus vivre à nouveau dans le monde.

Je me suis trompée dans cette certitude, mais cela a été un chemin difficile, et j'ai dû voyager à travers cela de nombreuses fois. Toujours, quand je reviens dehors dans le monde, je me retrouve souffrante des effets de l'institutionnalisation, terrifiée par la solitude, d'avoir à m'occuper de moi-même, de ne pas être capable de m'en sortir au delà de la poubelle. J'ai dû souffrir les symptômes de sevrage de quelque produit que ce soit, qu'ils me forcèrent à prendre, et que j'arrête de prendre aussitôt que je suis sortie. J'ai été forcée de me punir moi-même, de me frapper moi-même, de me crier dessus moi-même pour avoir été à ce point stupide pour me retrouver enfermée à nouveau. J'ai dû traverser des semaines ou des mois à vouloir me tuer afin de m'assurer que cela ne m'arrivera jamais à nouveau. J'ai dû reconstruire lentement ma vie. Et j'ai dû vivre avec les effets permanents, physiques et émotionnels, d'être empoisonnée par des médicaments psychiatriques et traumatisée par la cruauté institutionnelle.

Ma vie a été une vie protégée, dans l'ensemble. Je suis née et j'ai grandi dans une famille de classe moyenne aisée, avec beaucoup d'amour et de soutien parentaux, et sans violence ni négligence. Je n'ai jamais été violée ni battue ni affamée. Néanmoins, je me suis ennuyée en tant qu'adolescente, j'ai consommé beaucoup de drogues, et j'ai fini par devenir folle, plusieurs fois, au cours des années. Mais être dingue n'était pas, en soi, une mauvaise chose. Si j'avais été autorisée à traverser cela - si j'avais été traitée avec gentillesse et compassion, et encouragée à explorer mes pensées et mes visions et à leur donner du sens - cela aurait pu être une expérience merveilleuse, comme le sentiment qui a toujours accompagné le démarrage de ces aventures. Cela pourrait m'avoir enrichie.

La seule chose vraiment mauvaise qui me soit arrivée est la psychiatrie. Cela a endommagé mon corps et mon esprit, cela a détruit mon estime de soi et cela m'a forcée à me réinventer moi-même, encore et encore, à chaque fois qu'elle me déchirait en morceaux.

(traduit de l'anglais)

mardi 8 août 2017

Poésie et art par Jhilmil Breckenridge, "Staring", Campagne Prohibition Absolue

Poésie et art par Jhilmil Breckenridge, 3 mars 2016

Publié sur le blog de la campagne Prohibition Absolue

Solitude, par Jhilmil Breckenridge



"Regarder Fixement  (Staring)"


Si tu regardes fixement dehors à travers une fenêtre grillagée
Un jardin désolant un certain matin de septembre
Si le margousier dans le jardin te rappelle ta maison
Vaste, vieux, intemporel
Si tu te souviens quand tu jouais sous un margousier à Allahabad
Et tu peux presque entendre le rire des enfants qui jouent
Dans la chaleur d’une après-midi étouffante de juin
Et parce que la fenêtre est étroite et barrée et ne peut pas s’ouvrir
Parce que tu veux respirer la liberté
Parce que tu veux prendre une douche sans qu’ils ne te regardent
Parce que tu ravales en silence tes hurlements
Parce que ton esprit a commencé à se brouiller
Parce que ta langue a commencé à marmonner
Parce que tu as commencé à baver
Parce que tes doigts tremblent quand tu écris
Parce que les mots Ritalin Prozac Depakote Lithium
Ont commencé à résonner comme une poésie
Parce que tu sens ta résistance lentement mourir
Parce que tu commences à dire les mots qu’ils veulent entendre
Parce que tu sais que le regard vernissé dans les yeux des autres
Est aussi dans tes yeux
Parce que cette jonction entre le muscle et l'os s'affaiblit
Parce que tu dors pendant des heures
Parce que maintenant tu souris à tes médecins
Parce que tu cries quand le bazar roulant de la machine ECT est amené 
Parce que personne ne se soucie
Parce qu'une fois que tu es marquée, tu le seras pour toujours
Parce qu'autrefois les asiles étaient des exhibitions de phénomènes
Parce que l'asile n’est pas ce qu’il signifie
Tu retournes regarder fixement
          Regarder fixement
                    Regarder fixement
                              Regarder fixement
                                        Regarder fixement
                                                  Regarder fixement
                                                            Regarder fixement
                                                                      Regarder fixement



Jhilmil Breckenridge est poète, écrivaine et activiste dans le domaine de la santé mentale. Actuellement elle est au Royaume-Uni pour un doctorat en Ecriture Créative, centré sur la Santé Mentale. Elle a été emprisonnée par deux fois illégalement en Inde. Les lois sur la santé mentale existantes en Inde suscitent en elle l'horreur et elle aimerait faire quelque chose pour les changer. Pour la contacter jhilmilbreckenridge@gmail.com 

(Traduit de l'anglais par Erveda Sansi et Jules Malleus.)



lundi 7 août 2017

"Folie" Poésie et Dessin par Roberta Gelsomino, Campagne prohibition absolue

Poésie et Dessin par Roberta Gelsomino, 23 mars 2016

Publiés sur le blog Il Cappellaio Matto.




Folie

Rageant mon père feuillette
Les habituels documents perdus;
J'imagine tandis qu’il blasphème encore
Une lettre qui plus puissamment crie:

Chère Commission,
Cette fois, je vais parler en mon nom,
Vous Illustres derrière un bureau
En quelques minutes vous évaluez et moi et ma vie;
Personne ne sait et vous, les jamais vus, vous vous haussez vous-même, de ce savoir,
Comme tête de bétail confirmée et marquée au séant
Hâtivement;
Certainement n’est pas mon bien ce que vous tous prenez au sérieux;
Vous ressassez papiers et signatures en abondance
Comme si je n’existais pas à vous parler ici
Dans cette chambre.
Vous donnez à entendre qu'envers quelqu’un qui m’aide
Je dois être stupide, folle et muette.
«Nous payons et c’est là sa reconnaissance»
Donc, pour vous parler, cela semble le bon moment. 
Si à évaluer, vous aviez vraiment le tact
C’est à dire cohérence avec le pacte d’Hippocrate
Vous proposeriez d’autres solutions à mes besoins
Même encore plus fort, et non pas un chantage. 
J’espérai seulement être crue, quelle idiote!
A l’humiliation paternelle épuisante
J’ai peur de me brûler, de tomber, me blesser
Que peux-tu en savoir de cette condition! 
L’aide vous ne voulez donner, à vous faire perdre du temps,
«Est-ce la seule en cette condition? Pauvres sont les parents!»
Je crois en ces choses comme folie et horreurs. 


Poème et dessin de Roberta Gelsomino

obygelsomino@gmail.com
edizionieventualmente.it

(Traduit de l'italien par Erveda Sansi et Jules Malleus.)


Follia

Sfuriato mio padre scartabella
i soliti smarriti documenti
immagino mentre ancor bestemmia
una lettera che più potente grida.
Gentile Commissione
questa volta parlerò io a mio nome
Voi Illustri dietro una scrivania
in pochi minuti a valutar me e la vita mia;
Nessun ne sa e voi mai visti vi eleggete a sapere
come capo di bestiame confermata e marchiata nel sedere
in tutta fretta
non è certo il mio bene a cui voi tutti date retta.
Vi rifate a carte e firme in abbondanza
come se io non esistessi a parlarvi qui
in questa stanza.
Fate intendere che per qualcuno che mi aiuta
io debba stare scema, pazza e muta
“Noi paghiamo e questo il suo ringraziamento”
dunque per dirvi mi sembra un buon momento.
Se a valutar, se voi davvero aveste tatto
cioè coerenza con l’Ippocrate patto
proporreste altre soluzioni al mio bisogno
persino più forte, e non un ricatto.
Speravo solo di essere creduta, che idiota!
alla paterna sfiancante umiliazione
ho timore di scottarmi di cadere di ferire
che ne puoi sapere di questa condizione!
Aiuto voi non ne volete dare, perdere tempo a fare,
“V’è la sola messa così? Poveri genitori!”

Credo in cose così follia ed orrori.

samedi 5 août 2017

Entretien avec le Dr Giorgio Antonucci présenté par l'association "Il Cappellaio Matto", campagne Prohibition absolue

Un entretien avec le Dr Giorgio Antonucci présenté par l'association "Il Cappellaio Matto", 

Publié le 25 mars 2016

Campagne pour la prohibition absolue des traitements forcés et des hospitalisations forcées.


"Antonucci les libère tous", dessin de Vincenzo Iannuzzi

L'association italienne des utilisateurs et survivants "Il Cappellaio Matto" (le chapelier fou) est heureuse de partager un long entretien avec Giorgio Antonucci, médecin, psychanalyste et directeur de deux services d'hôpitaux psychiatriques pendant de nombreuses années.

Il a lutté pour prévenir et abolir les traitements psychiatriques forcés, pour libérer les personnes des hôpitaux psychiatriques italiens depuis le début des années 60 et surtout pour démontrer qu'un diagnostic psychiatrique est en réalité un jugement psychiatrique, soutenu par un préjugé social.

La première des huit tranches de l'interview peut être vue ici:


La vidéo est disponible avec des sous-titres en anglais grâce aux efforts de Il Capellaio Matto.

C'est la première publication dans une langue étrangère, excepté un livre en danois, de Svend Bach, professeur de littérature à l'Université d'Aarhus, qui lui est consacré: "Antipsykiatri eller ikke-psykiatri".

Giorgio Antonucci a commencé son travail de médecin à Florence (Italie), en s'efforçant de résoudre les problèmes des personnes qui risquaient de se retrouver en psychiatrie. Il a commencé à s'engager dans la résolution des problèmes psychiatriques, en essayant d'éviter les hospitalisations, les internements et tous types de méthodes coercitives. En 1968, il a travaillé au Cividale del Friuli (avec Edelweiss Cotti), un hôpital public, la première alternative italienne aux hôpitaux psychiatriques. En 1969, il a travaillé à l'hôpital psychiatrique de Gorizia, dirigé par Franco Basaglia; Il a critiqué le fait que dans cet hôpital, les électrochocs n'aient été abolis que pour les hommes et ont continué d'exister pour les femmes. (Il faut tenir compte du fait que Basaglia a été absent la plupart du temps, à des conférences, etc..., puis est mort à 56 ans en 1980). Antonucci a déclaré que, bien sûr, Basaglia a été le premier à mettre en question l'hôpital psychiatrique et qu'il a dit à juste titre qu'il s'agissait d'une affaire de classe. Mais Basaglia n'est pas allé jusqu'au bout pour dire que l'hôpital psychiatrique est un préjugé en soi, non pas seulement un bâtiment, et il a passé son temps en conférences partout dans le monde et à écrire des livres, des articles, etc... Antonucci quant à lui travaillait effectivement tous les jours avec les patients, afin de leur rendre leur liberté.


Giorgio Antonucci et Edelweiss Cotti


De 1970 à 1972, Antonucci a dirigé le «Centre d'hygiène mentale» de Castelnuovo nei Monti dans la province de Reggio Emilia. De 1973 à 1996, il a travaillé comme médecin principal dans deux hôpitaux psychiatriques de Bologne, Osservanza et Luigi Lolli, en démantelant des services psychiatriques et en créant de nouvelles opportunités résidentielles pour les anciens internés, en leur donnant une complète liberté de choix personnel. Un exemple réussi unique en Italie et probablement dans le monde. D'un point de vue politique et religieux, il est anarchiste, libertaire et athée.

« Les traitements forcés sont des violations de leurs droits et sont nuisibles, aux personnes elles-mêmes, à leurs pensées et à leurs vies, c'est ainsi j'ai commencé à m'occuper de la psychiatrie », dit-il.

Dans cette courte conversation avec l'acteur et activiste Saverio Tommassi, Antonucci discute de la différence entre les systèmes authentiques de guérison et la psychiatrie comme moyen de contrôle social, "un jugement moraliste et la prétention de contrôler le comportement de ceux qui ne respectent pas les conventions sociales". Il explique la genèse de sa propre opposition à toutes les formes d'incarcération psychiatrique, de contention et de médication forcée: en tant que jeune médecin, il a été témoin de l'internement dans les asiles de femmes considérées comme "difficiles", qui avaient été prostituées auparavant et avaient été qualifiées de folles par les autorités catholiques. Il a rapidement compris que 90% des occupants des établissements étaient les "socialement indésirables" - les sans-abri, les femmes au foyer rebelles, les chômeurs -, etc.:

« A l'intérieur des hôpitaux psychiatriques, ce n'étaient pas les personnes folles qui étaient enfermées - comme on le croit habituellement - mais des personnes malchanceuses auxquelles il est arrivé de se retrouver dans des situations difficiles. »

« Je pense que souvent, en plus du danger de l'opinion psychiatrique, la chose la plus dangereuse c'est quand une personne se résigne à se laisser convaincre elle-même qu'elle est malade. »

Le docteur Antonucci n'a jamais pratiqué de traitement forcé ni d'hospitalisation forcée, et n'a jamais prescrit de médicaments psychiatriques, car, a-t-il déclaré: « En tant que médecin, j'ai fait le serment d'Hippocrate de ne jamais nuire à une personne. »

Plus tard, Antonucci décrit les "calate", les expéditions de masse des citoyens italiens pour investiguer les salles psychiatriques et pour voir exactement comment les détenus étaient traités: « C'était la cause d'une grande disgrâce pour les médecins parce que les personnes, y compris les enfants, ont été trouvées attachées aux chaises ou aux lits et enfermés à l'intérieur de petites pièces. Et ainsi pour la première fois, toute une population composée de paysans, d'autorités locales, de travailleurs, de maires de canton, même un député parlementaire, tous ont remis en cause les asiles en tant qu'institution. »

La langue de Giorgio Antonucci est toujours très simple, sans mots difficiles, car il dit que ses paroles doivent toucher toutes les personnes. Le docteur Giorgio Antonucci croit en la valeur de la vie humaine et pense que c'est la communication, et non pas l'incarcération imposée ni les traitements physiques inhumains, qui peut aider une personne en difficulté - si la personne veut être aidée. 

A l'institution d'Osservanza (Observance) à Imola, en Italie, le docteur Antonucci a traité des douzaines de femmes dites schizophrènes, dont la plupart avaient été continuellement attachées à leurs lits ou maintenues dans des camisoles de force et lobotomisées avec des médicaments psychiatriques. 

Tous les traitements psychiatriques usuels ont été abandonnés, ainsi que les médicaments psychiatriques, sauf si une personne voulait continuer à les prendre. Le docteur Antonucci a libéré les femmes de leur confinement, en passant beaucoup d'heures par jour à discuter avec elles afin d'établir une communication. Il a écouté des récits d'années de désespoir et de souffrance institutionnelle.

Il s'est assuré que les patients soient traités avec respect et sans l'usage de médicaments psychiatriques. En fait, sous sa direction, le service a été transformé de la garde supposée la plus violente en un service autogéré. Après quelques mois, ses patients "dangereux" étaient libres, marchant tranquillement dans le jardin et dans les rues de la ville. La plupart d'entre eux ont été déchargés de l'hôpital et pourraient retourner chez leurs familles, mais si quelqu'un le voulait, il pouvait rester là-bas, et recevait deux clés: l'une pour la porte d'entrée et l'autre pour sa propre chambre. Ensuite, beaucoup d'entre eux ont appris à travailler et à s'occuper d'eux-mêmes pour la première fois dans leur vie.

Les résultats majeurs du Dr Antonucci ont aussi été obtenus pour un coût très inférieur. De tels programmes constituaient un témoignage permanent de l'existence à la fois de réponses authentiques et d'espoir pour les personnes gravement troublées.

Dacia Maraini, l'un des écrivains italiens les plus célèbres, dans une interview avec à Giorgio Antonucci, se demande pourquoi, compte tenu des bons résultats obtenus, il n'en est pas de même dans d'autres services que le sien: « Tout d'abord parce que c'est très fatiguant », répond Antonucci avec sa voix tranquille, « il m'a fallu cinq ans de travail très dur pour rétablir la confiance de ces femmes; cinq ans de conversations, même de nuit, de relation face à face. Ce n'est pas une technique, mais une façon différente de concevoir les relations humaines. »


Giorgio Antonucci et Dacia Maraini

« Quelle est cette nouvelle méthode qui concerne les ainsi-nommés "malades mentaux"?  » demande l'écrivain. « Pour moi, cela signifie que les malades mentaux n'existent pas et que la psychiatrie doit être complètement éliminée. Les médecins ne devraient traiter que les maladies corporelles. Historiquement en Europe, la psychiatrie est née dans une période où la société était organisée de manière plus stricte, et il fallait de larges déplacements de main-d'œuvre. Au cours de ces déportations, dans des conditions difficiles et hostiles, beaucoup de gens sont restés perturbés, confus, ne produisaient plus de produits et il fallut donc les mettre de côté. Rosa Luxemburg a dit: "Avec l'accumulation de capitaux et le mouvement des gens, les ghettos du prolétariat s'élargirent". »

Au 17ème siècle, lorsque la monarchie absolue (l'État) prend forme en France, les asiles sont appelés "centres d'hébergement pour les pauvres qui ennuient la communauté". La psychiatrie est venue ensuite, en tant que couverture idéologique. Dans le traité psychiatrique de Bleuler, l'inventeur du terme schizophrénie, il est écrit que les schizophrènes sont ceux qui souffrent de dépression, qui se tiennent debout sans bouger ou bien courent dans la cour. Mais que pouvaient-ils faire d'autre en tant que détenus? Finalement, Bleuler conclut involontairement: « Ils sont tellement étranges que parfois ils nous ressemblent ».

(traduit de l'anglais)